Le tourisme est un mot qui semble désigner la même chose pour la plupart d’entre nous. Et pourtant force est de constater qu’une brève comparaison d’activités au retour de vacances eut directement renseigné sur nos centres d’intérêts, notre conception du voyage et plus encore. Le fait de partir en camping-car pendant de relativement longues périodes (comparé aux 3 semaines en gite rural vécu chaque année auparavant) donne à penser à ce genre de chose.
Qu’est-ce que le tourisme de nos jours ? Aller dans les mêmes endroits connus qui servent de référent dans les discussions de bureau afin d’être compris très vite dans l’imaginaire collectif de la machine à café lorsqu’on raconte son séjour ? Et encore, aller dans un même endroit signifie-t-il voir les mêmes choses ? Chacun croit bien avoir son œil à lui, sa vision, et donc son expérience propre de ce qu’il à vécu. Y-a-t-il encore la place pour des expériences uniques ?
L’un des thèmes de discussion qui nous est venu lors de la visite de Venise par exemple, c’est l’absence de lieu totalement vierge de tourisme où même tout simplement inconnu de nos jours. Il existe certes des lieux plus intimes et plus préservés, souvent non pas grâce au désir ou choix de l’homme autochtone mais bien du à la difficulté d’accès au lieu. Le tourisme est une industrie. Le tourisme se nourrit de ces séjours où tout est pré-organisé et qui permettent de faire baisser les prix, donnant accès à ce privilège d’autrefois à de nouvelles catégories de population. Cela est-il mal ?
J’aurais tendance à séparer les lieux touristiques en diverses catégories. Sans jugement de valeur aucun, il est certain que l’image façonné par les faiseurs de rêves, voyagistes et médias associés, tendent plus vers les Maldives ou Venise que vers la plaine isolé d’Andalousie où la beauté du paysage se mérite et ou le visiteur est encore regardé comme différent de la population locale.
L’un des problèmes soulevé est celui de l’affluence constante dans les sites du monde entier, en toute saison, le stéréotype étant la cohorte de japonais, l’œil hagard et transbahuté de la place Saint Marc au canal machin en suivant un torchon bleu accroché au bout d’un parapluie étendard brandi par le guide récitant ses mantras dans son microphone de poche, à destination des oreillettes des fourmis qui le suivent au pas de course. Suivez de près, en cette période de basse saison, les bataillons bruyants et inintéressés d’élèves de collège/lycée venus de l’Europe entière, plus intéressés de savoir si Coralie veut sortir avec Jérémie que par la beauté du lieu, et on les comprend. Enfin, je les comprends. Parce que des choses m’intéressent aujourd’hui de par ma liberté de me déplacer dans le lieu qui ne m’aurait fait ni chaud ni froid, voir révulsé, si on me l’avait imposé via un cours d’italien avec prise de notes et contrôle à la fin. Ce genre de groupe a, au moins, le mérite d’aider à repérer les futurs énarques buvant les paroles du prof :)
Et il y a, bien sûr, les retraités de tous poils, venus en couple ou en bus entiers de je ne sais quelle campagne, désireux de profiter de leur temps libre chèrement acquis (pensez donc, 40 ans de labeur dans un atelier !) pour rattraper ce même temps perdu au fil des années. En clair, en basse saison, les extrêmes sont de rigueur : ou très jeune ou très vieux, la middle classe d’âge afflue en juillet avec les gamins, déclarant la zone touristique sinistrée pour 2 mois complets.
Alors comme ça Benjamin serait allergique aux gens. Et bien pas tout à fait. Même s’il n’est pas agréable de piétiner à Venise au milieu d’une cohue nonchalante, il reste quelques possibilités d’échappatoires. Par la pensée tout d’abord, ce qui à le désavantage de vous voler quelques bénéfices de votre déplacement en ce lieu. Le fait de ma grande taille me permet de surnager au-dessus et d’admirer malgré tout les façades et même l’horizon, la pauvre Sabine devant se contenter parfois du dos des gens quand ce n’est pas leur face éblouie par la boutique Gucci de Venise, aller donc comprendre ce qu’ils font là.
L’échappatoire le plus simple que l’on découvre à force d’expérience, c’est que des villes comme Venise qui se transforment en simple parc d’attraction tout en restant habitées par des vrais gens, adoptent forcément une sorte de parcours obligatoire du touriste bien que non matérialisé sur place. A force de guides rédigés année après année dans toutes sortes de langues avec certes toutes sortes de culture mais un sens du « beau » relativement standard d’un pays à l’autres, n’importe quel touriste débarquant sur Venise (restons en à cet exemple typique) se devra de prendre le vaporetto direction l’autre bout de la ville pour admirer la place Saint Marc avant de s’engouffrer dans ces ruelles d’où émerge l’ambiance calme et maritime de la lagune, blablablabla (citation de votre guide).
Donc vous y allez, donc ils y vont et c’est bien normal puisque c’est beau et que finalement être entourés de milliers d’autres gens grouillant c’est ultra cool, on se sens bien dans la masse, on a les même gouts, un peu comme il est conseillé de voir les block buster américains afin d’être capable de parler en terrain commun sans être pris pour l’ovni du coin se délectant de films trop confidentiels pour avoir voix au chapitre lors des mondanités classiques que les gens ne manquent pas de courir (il faut être « in »). Concrètement, si par hasard un guide parle du trajet idéal pour découvrir une ville, il est parfois judicieux, si vous arrivez à une heure assez matinale (ce n’est pas mon cas du à un amour invétéré de la couette chaude du matin), de prendre ce même circuit à l’envers. Si en plus vous êtes totalement décalé au niveau de l’heure du déjeuner de la majorité silencieuse (soit beaucoup plus tôt, soit beaucoup plus tard), vous avez une chance d’éviter le croisement inévitable de votre petit attelage et du groupe tentaculaire et hurleur au milieu inévitable du parcours.
Une envie soudaine de fuite à Venise nous fit découvrir une autre échappatoire : passer de l’autre coté ! Comme dans Matrix oui, oui. Enfin bon, si vous regardez une carte de Venise, vous verrez qu’il y a 2 cotés en gros. Celui de la place Saint Marc et en face donc. Et bien oui c’est possible moyennant un écartement raisonnable du flot de touristes suivant le guide d’aller ce perdre dans les ruelles et autre rues non moins magnifiques qu’en face à la différence prêt de se retrouver quasi seul avec le même soleil, les mêmes gondoles, la même eau, la même odeur et les mêmes glaces à 30% moins cher (je vous parle de cela en basse saison/mois de mars, allez pas m’attaquer si en aout c’est différent ;)).
L’afflux de touristes pose aussi un autre problème de taille, constaté à Venise (ville auquel je décerne sans peine le titre de plus mauvais accueil restautistique que jamais vu pour le moment), la perte de valeur individuelle du dit touriste. La plupart des gens qui me connaissent savent mon exigence en matière culinaire. Non pas qu’il me faille une présentation super top accompagnée de mets microscopiques, mais plutôt que globalement la qualité doit être au rendez-vous. Autant un plat traditionnel paysan que quelque chose de plus élaboré peut flatter mon palais. Et cela devient de plus en plus dur de s’offrir ce genre de flatterie. Ce n’est aucunement lié à l’épaisseur du porte-monnaie. Mais cela à plus à voir avec l’affût touristique omniprésent où que vous alliez. Cela dit en ciblant l’Italie on n’arrive pas dans le pays le moins touristique du monde, ça c’est sur.
Lorsque votre ville, aller encore Venise, accueille une masse de touristes gigantesque, quel avantage avez-vous, en tant que restaurateur, à vous lever toujours plus tôt, à embaucher toujours plus pour satisfaire le plus grand nombre (synonyme de chiffre d’affaires) alors que l’achat d’un grand congélateur vous permettrait de nourrir à moindre frais et plus rapidement la masse de retraités qui ne demande qu’a être servie le plus rapidement possible pour retourner aux merveilles de la ville d’un pas alerte pour ne pas en louper une miette et ramener à leurs petits enfants les meilleurs photos floues jamais vues ? (avec bobonne dessus attention). Quand en plus on sait que la majorité des gens trouvera un vin bon parce que leur voisin de table aura dit que tel est le cas, et que le gout des palais formatés se tourne de plus en plus vers du surgelé Picard lorsqu’il est à la maison (parisien qui rentre chez toi à 21h après tes heures sup non payées, je pense à toi), comment s’étonner que les hypermarchés du tourisme aient adopté les même normes de gout?
Vécu : 1 lasagne à l’aspect vomitif (micro-part) (avec quand même du vrai parmesan dessus, on ne rigole pas) + une pizza authentique gout Picard « comme sorti de la boite » + une bière en canette pour 40€. Dans le même restaurant j’ai entendu des Français trouver ça bon et repasser une deuxième commande J . (Il est vrai que nous aussi on avait encore faim, mais on n’a pas fait de vieux os dans ce restau.)
Dire que je me délectais à l’avance de la gastronomie italienne, de goutter les différentes sortes de lasagnes afin de tenter de détrôner ceux de ma moman ou bien encore ceux de Nathalie, quelle déception ! Les meilleures non moins surgelées lasagnes (servies après que j'ai demandé si tous les produits étaient fait maison) l’ont été à Vérone dans un restaurant choisi pour être un peu à l’écart de la place Bra, celle la même abritant l’arène (non, pas celle pour les taureaux, l’autre) de la ville.
Alors je me mets à la place des restaurateurs. Vous avez une masse de touristes et donc de clients garantie. Que vous leur serviez de la bidoche moyenne ou top classe pour le même prix ils n’y voient que du feu, ne se plaignent pas (parce qu’ils sont dans le trip voyage, c’est trop bien, c’est trop beau, on profite à mort), en redemandent, vous donne même le pourboire, essayent de dire merci en italien (comme c’est mignon), pourquoi vous ne leur serviriez pas la plus basse qualité possible, au prix le plus haut possible tout en mettant des sous de coté pour votre retraite à vous et la revente de votre fonds de commerce avec un taux de profitabilité maximum à quelqu’un de préférence pas du coin qui aura encore moins de scrupules que vous ?
Alors j’ai réfléchi. Que ferais-je moi comme restaurateur si j’avais des dons de cuisiniers ? (bah oui pour l’instant je ne sais que manger (et boire) moi) Un 4 étoiles de la mort à 250€ le couvert où les gens sont sûrs de bien manger ? (et encore je n'ai jamais testé donc le doute est permis, quoique normalement…) Un restau plein centre avec mini tables, mini chaises, local immense pour en caser le plus possible et micro-ondes en série pour réchauffage express et distributeur de parmesans presque frais ? Alors j’ai encore réfléchi, essayé de trouver une analogie avec du vécu à moi. Une situation qui pourrait ressembler.
Et puis j’ai trouvé. J’aime le bon vin et le whisky. En vins comme en whisky il y a des gammes, pour simplifier on s’attardera sur le whisky. Vous avez celui de base qui convient à tout le monde en apéro, compter 15€ la bouteille en supermarché. Ensuite pour les connaisseurs, la gamme trouve de la profondeur, bien sûr en fonction du nom mais surtout en fonction des années de vieillissement concédé, 8, 12, 16 ans, etc.… Mélangé (blend), non mélangé, blabla. (Le cognac c’est un peu le même genre si vous connaissez (sur le coup des années)). Imaginons que j’invite un ami. Comme tout ami, j’ai envie de lui faire plaisir. Cependant je me rappelle que la dernière fois, je lui ai servi un vin de fou pour accompagner la bonne cuisine de ma gentille femme. Ce vin il l’a apprécié comme si j’avais servi le premier prix Leclerc, vous savez celui conditionné comme les briques de lait. En clair pas d’extase, pas de palais égayé, pas de compliment ou de remerciement, bref c’est un très bon ami, on s’entend bien mais il n’a manifestement pas le sens du gout très sensible, on va pas lui en vouloir. Mais mon whisky super bon et super cher, ça serait bien dommage de lui donner à lui, puisque qu’il ne savourera pas et n’aura pas de profit différent qu’avec celui-ci de base.
Et bien pour moi les restaurants touristiques c’est la même chose, même s’ils savaient bien faire, ils ne feraient pas, et je les comprends. La faute revient donc au touriste pressé soucieux d’en voir le plus possible (pensez donc, on a fait toute l’Italie en 4 jours/5 nuits !) Dans un but égoïste d’ingestion d’images plus ou moins floues, bref de consommation. Dans le cadre des lasagnes vomitives, le mot ingestion n’est pas de trop.
Pour finir, une confidence : le deuxième jour à Venise, on a mangé au mac’do.