La vaste notion de progrés : partie 1/4

Publié par Benjamin Tardif le 12/04/2010 dans analyse

Le progrès dans la vie humaine est une recherche constante, à laquelle, parfois, certains renoncent à la fin des « études ».  On se sent progresser dans un domaine quand celui-ci prend une place majeure dans notre vie et que l’on est amené rétrospectivement à considérer des œuvres passées. Certaines matières rendent plus ardu la traçabilité d’un quelquonque progrès si ce n’est par comparaison de souvenirs. Et c’est souvent le souvenir qui gagne. Prenez une bonne table (on reparle restau), un bon vin, mangez, buvez, gardez en un souvenir impérissable, retentez l’expérience quelques 10 mois après. Il y’a fort à parier qu’à moins d’une très bonne table, le vin vous paraitra moins bon (enjolivé par votre souvenirs)…

A moins d’œuvre physique, le progrès est difficile de mesure. Etes-vous plus gentils qu’il y’a 5 ans ? Avez-vous plus d’empathie ? Vous pouvez peut-être répondre oui sans emporter l’accord de vos proches ;)

 

Le domaine « artistique » ou bien créatif pour simplifier, où l’on obtient un produit, une œuvre, une peinture, un fichier vidéo, peut quant à lui se révéler cruel en dévalorisant les œuvres passées à l’avantage des nouvelles (si tout se passe bien ;)). Nombreux sont les artistes célèbres ayant tenté la destruction d’une partie de leur œuvre de jeunesse ou bien ne reconnaissant qu’à demi mot la paternité d’un chef d’œuvre que nombre d’amateurs seraient déjà estomaqué d’arriver à produire.

 

L’aventure regards sur ailleurs s’est déroulée sur une période de plus de 7 mois, même s’il y eu certaines périodes d’interruption. Durant ce temps, le défi a été constant : produire une vidéo (de qualité de préférence) par jour. Cela veut dire, capturer des séquences, les trier de manière express (le montage le jour même aide en ce sens pour se souvenir de ce qu’on a pris comme images), les assembler en un tout cohérent afin d’éviter de se faire râler dessus par la commentatrice (« mais comment veut-tu que je dise des chose intéressante la-dessus ? ») , sortir un fichier basse qualité pour le commentaire de la dite commentatrice (« mais pourquoi j’ai toujours le droit à une qualité d’image pourrie moi ? »), attendre (passivement bien entendu ;)) que le commentaire soit rédigé, enregistrer le dit commentaire, le monter avec la musique et le titre pour ensuite exporter le fichier haute définition pour mise à disposition sur internet. Cette dernière étape n’étant pas réalisée le jour même faute d’énergie suffisante, on en reparlera).

 

Il y’a fort à parier que les vidéos tournées fin octobre 2009 ne seront pas égales en qualité aux dernières réalisés. Vous commencer à découvrir notre travail via le site principal et nous avons fait le choix de diffuser les vidéos dans l’ordre chronologique de réalisation. Justement pour ce simple souci de qualité progressive. Il y’a quelques vidéos que je n’aime pas, des effets de caméra ratés, des couleurs bof (il y’en a aussi plus tard^^), mais cela représente cette notion de progrès. Il faut l’accepter même si je m’auto-flagelle ici. C’est plutôt bon signe remarquez, de voir que l’on progresse. En le disant comme ça vous devriez avoir plus de mal à dire du mal des vidéos (gnark, gnark, je plaisante, toutcommentaire construit est bien entendu valorisé ;))

La vaste notion de progrés : partie 2/4

Publié par Benjamin Tardif le 11/04/2010 dans analyse

L’un des éléments de progrès dont vous ne vous rendrez pas compte est le nombre de rush (séquences) nécessaires à la réalisation d’une vidéo de 3 minutes. Par exemple si le mauvais caméraman enregistre 30 minutes de séquence pour la visite d’une cathédrale dont vous voulez faire une vidéo, vous avez un rapport de 10 entre le nombre d’images disponibles et ce que vous pouvez mettre dans le montage final. Cela complique la tache dans plusieurs sens. Vous devez néanmoins prendre le temps de regarder en entier les images tournées pour sélectionner toutes celles qui sont de qualité. Vous coupez les images pour garder des séquences plus ou moins longues. Arte par exemple est connu pour ses images fixes de 5 secondes laissant bien le temps de s’endormi..., euh je veux dire de contempler ce qu’on vous montre. Dans les vidéos de jeux vidéo par exemple on peut monter à 1 séquence d’image toutes les secondes, tout comme dans les bandes annonces de film. Ça pulse, ça envoie, mais dans le cadre de paysage ou d’architecture c’est moyen.

Pour une bande annonce de nos vidéos regards sur ailleurs je vais pouvoir utiliser une cadence rapide, le but étant de montrer qu’il y’a du contenu en magasin, de la belle image qui envoie, des couleurs délicatement saturées, du plan divers et varié, bref que faut venir sur le site pour se délecter chaque jour d’un contenu nouveau et original (et accessoirement de la voix de Sabine ^^).

Par contre pour les vidéos de 3 minutes que nous avons produites il fallait adopter une cadence plus lente sans tomber dans le ARTE (si je m’endors en plein assemblage vidéo, on n’est pas sortis). Nous avons donc choisi (j’ai imposé) une sorte de tempo de 3 secondes, avec, bien sûr, des adaptations selon les images et les séquences, mais l’ordre d’idée est de laisser entre 2,5 secondes et 3 secondes une même séquence à l’écran. Cela peut-être un plan fixe, un travelling, une descente du ciel vers un monument, un détail architectural, bref tout type de séquence. 

 

La vaste notion de progrés : partie 3/4

Publié par Benjamin Tardif le 10/04/2010 dans analyse

Revenons donc à notre montage d’église. 30 minutes de séquences, ça peut vouloir dire plus de 150 bouts à découper, retailler pour garder le meilleur, c’est énorme, c’est impossible de travailler comme ça avec notre défi, je dois aussi conduire et dormir (sans oublier manger, oui ça fait 3 fois que je parle de dormir^^).

L’aventure est facilitée par le fait notamment que je sois le caméraman en question, que ce soit la même personne qui filme et fasse le montage de la vidéo. Cela aide en pouvant s’appuyer sur la mémoire de l’image tournée pour les assembler. Cela aide aussi à se forger la discipline de travail essayant d’accumuler plutôt 5 minutes de séquences excellentes que 30 pour notre fameuse église. Le découpage et la vision d’ensemble nécessaires sont grandement facilités. De plus, quitte à mâcher le travail à ce fainéant de monteur, je capture généralement des séquences qui seront des bouts déjà taillés pour l’assemblage. C'est-à-dire que s’il faut faire un plan d’ensemble + un plan d’un détail, j’arrête l’enregistrement entre les 2 pour que la camera et le pc comprennent cela comme deux séquences indépendantes et donc me faire économiser des manipulations de traitement.

Dit comme ça c’est révolutionnaire, mais c’est une technique très commune. Si par exemple vous n’avez jamais réussi à attaquer le montage du film de vos vacances à Saint Quai avec les petit gamins qui jouent sur la plage et le premier château de sable du petit dernier (sans oublier la grand-mère qui offre des glaces et Dédé qui fait tomber sa boule sur le sable), c’est en partie parce que vous avez filmé à la va-vite des séquences de plusieurs minutes où vous passez d’un élément à l’autre. Alors bien-sûr si vous appliquez la méthode de séparer les séquences à l’enregistrement vous n’aurez pas la boule de Dédé qui tombe sur le sable puisque c’est un événement imprévisible (sauf si on connaît Dédé). Mais en utilisant cette technique, vous aurez déjà 80% des situations couvertes et disponibles sous forme de séquences courtes prêtes pour le montage. Cela évite le fastidieux travail préliminaire habituel de découpage du rush principal en petit, tache qui personnellement peut facilement me faire attendre plusieurs mois avant de m’attaquer au montage du film.

Le fait d’avoir des séquences prêtes à l’emploi est aussi un défi pour l’aventure qui nous concerne. Il faut précisément cibler ce que l’on veut montrer, connaître à l’avance ou élaborer en cours de tournage ce que l’on veut mettre à l’image. En pratique cela vient plus ou moins vite à mesure qu’on fait des vidéos.  Le temps et la motivation sont 2 denrées pouvant se faire rare lors d’un voyage au moyen cours (long cours serait abusif dans notre cas). Ajouter à cela un temps maussade (« y’a pas de soleil, je ne filme pas quand y’a pas de soleil », dixit le caméraman grincheux) et vous obtenez une collusion de facteurs de glande (bouhhhh). Autant préserver la motivation et le moral des troupes en ayant seulement un facteur 2 voir 3 d’images pour chaque vidéo (soit 6 à 9 minutes de séquences si vous avez suivi). Sachant qu’on applique une durée moyenne de séquences de l’ordre de 4-6 secondes chacune pour avoir une séquence prête à l’emploi (il n’y a qu’à couper le mouvement de fin de rush correspondant au moment où notre brutal caméraman a appuyé sur le bouton rec pour arrêter l’enregistrement), nous arrivons tout de même à plus de 70 séquences disponibles par vidéo. Amusez-vous à compter combien il en reste au final. A chaque changement de plan ajoutez 1. Et vous commencerez à avoir une vision du travail.

Afin d’avoir pitié de notre pauvre monteur, autant que ces séquences soient de qualité, sous peine de devoir actionner la touche suppressiontrop souvent et du coup manquer de rush (c’est le risque lorsqu’on choisit de filmer très peu de séquences, il faut être sûr des images qu’on aura). Cela peut arriver lorsque le caméraman a abusé du rosé à midi (ça n’arrive jamais, je vous le concède) et n’a pas réglé la balance des blancs dans l’église, ou bien n’a pas bien géré la dose de lumière arrivant dans la caméra (résultat: l’église ressemble à la cave d’un hlm) et manque de bol il ne s’en est pas rendu compte. Cela peut bien souvent signer le non existence de la vidéo (ce qui est toujours rageant). Ces ennuis arrivant normalement très rarement, on peut rester optimiste. La bonne façon de procéder est bien sur de livrer au monteur des rush d’une qualité égale (ce qui ne signifie pas nulle) afin de lui donner l’envie (si c’est pas un mec blasé sous payé) d’attaquer le projet et de le finir très vite tant l’envie de voir le rendu final le fait trépigner sur sa chaise. C’est un peu comme un mineur de la ruée vers l’or. On a toujours plus d’énergie et de courage lorsqu’on se rend compte que chaque parcelle de son terrain recèle de nombreuses pépites. Je suis un peu comme ça. Le signe évident est lorsque j’ai envie de faire une capture d’écran de ce que je vois pour le garder près de moi. C’est l’annonce d’une vidéo bien jolie à regarder.

La vaste notion de progrés : partie 4/4

Publié par Benjamin Tardif le 09/04/2010 dans analyse

La notion de progrès est donc à tracer non seulement dans le rendu final des vidéos mais dans tous ces petits éléments qui font que le travail est plus facile, plus doux à faire (smooth), que tout coule de source et qu’on prends plaisir à l’aventure en se disant « chouette, vivement qu’on rentre au camping-car pour faire la vidéo ». Cela arrive de plus en plus souvent, tout comme l’impression que la vidéo est bien réussie.

Un moyen pour moi de progresser  a également été le fait de montrer à plusieurs personnes différentes et lors de projections dites « en public », c'est-à-dire avec un auditoire semi acquis (on se connaît) mais néanmoins critique et à plusieurs à la fois. En effet voir et revoir les mêmes 3 vidéos que nous avions choisis de montrer, m’a permis d’analyser les éléments qui me heurtait à chaque fois, ceux qui me faisait bizarre et tout les passages qui me repoussaient. Quand on regarde pour la 10, 20ème fois une vidéo de 3 minutes et qu’on est capable d’expliquer quel plan vient après l'autre ou bien de réciter des bouts de commentaires (« le marché de bolao, quand nous l’avons visité, il était en travaux.. » grrrrrrr), c’est qu’on a commencé à vraiment entrer dans la phase de travail (plutôt que du montage simplement amateur) en reconsidérant celui-ci depuis plusieurs angles de vue.

En effet on ne voit pas pareil une vidéo selon qu’on la regarde avec Sabine qui en est partie intégrante (même si j’ai droit à mon lot de critiques que je ne prends pas toujours bien, mais que je finis souvent par appliquer), qu’avec des membres de la famille ou bien des connaissances étendues. Le fait d’envoyer un lien internet et qu’un mail vous dise « on a bien aimé » fait certes plaisir mais ne décrit qu’un sentiment général à l’issue de la vidéo et non pas les détails, les questions, ou les remarques que la personne s’est faites pendant le visionnage, y compris s’il n'était pas seul à regarder. Le fait de montrer sur son PC en assistant à la projection est tout autre. Nous avons eu l’occasion de le faire à plusieurs reprises et d’entendre des commentaires divers et variés, à l’issue et au cours de projections, en questionnant les gens sur leurs impressions dans une atmosphère de confiance qui leur faire dire (j’espère) le fond de leur pensées de manière constructive. C’est cela, couplé au fait de revoir son travail, et d’intégrer les critiques externes, plus le flot d’interne qui fait progresser non seulement au montage mais directement au moment de choisir quelles images filmer devant un monument ou une situation.

Je me sens progresser, j’espère que vous le verrez aussi sans en être gêné (c'est-à-dire que la qualité de départ ne soit pas trop nulle) et qu’ainsi vous prendrez un plaisir croissant à visionner et partager avec vos amis nos vidéos :)

 

La découverte s'est perdue en route... partie 1/4

Publié par Benjamin Tardif le 08/04/2010 dans analyse

Le tourisme est un mot qui semble désigner la même chose pour la plupart d’entre nous. Et pourtant force est de constater qu’une brève comparaison d’activités au retour de vacances eut directement renseigné sur nos centres d’intérêts, notre conception du voyage et plus encore. Le fait de partir en camping-car pendant de relativement longues périodes (comparé aux 3 semaines en gite rural vécu chaque année auparavant) donne à penser à ce genre de chose.

 

Qu’est-ce que le tourisme de nos jours ? Aller dans les mêmes endroits connus qui servent de référent dans les discussions de bureau afin d’être compris très vite dans l’imaginaire collectif de la machine à café lorsqu’on raconte son séjour ? Et encore, aller dans un même endroit signifie-t-il voir les mêmes choses ? Chacun croit bien avoir son œil à lui, sa vision, et donc son expérience propre de ce qu’il à vécu. Y-a-t-il encore la place pour des expériences uniques ?

 

L’un des thèmes de discussion qui nous est venu lors de la visite de Venise par exemple, c’est l’absence de lieu totalement vierge de tourisme où même tout simplement inconnu de nos jours. Il existe certes des lieux plus intimes et plus préservés, souvent non pas grâce au désir ou choix de l’homme autochtone mais bien du à la difficulté d’accès au lieu. Le tourisme est une industrie. Le tourisme se nourrit de ces séjours où tout est pré-organisé et qui permettent de faire baisser les prix, donnant accès à ce privilège d’autrefois à de nouvelles catégories de population. Cela est-il mal ?

 

J’aurais tendance à séparer les lieux touristiques en diverses catégories. Sans jugement de valeur aucun, il est certain que l’image façonné par les faiseurs de rêves, voyagistes et médias associés, tendent plus vers les Maldives ou Venise que vers la plaine isolé d’Andalousie où la beauté du paysage se mérite et ou le visiteur est encore regardé comme différent de la population locale.

 

L’un des problèmes soulevé est celui de l’affluence constante dans les sites du monde entier, en toute saison, le stéréotype étant la cohorte de japonais, l’œil hagard et transbahuté de la place Saint Marc au canal machin en suivant un torchon bleu accroché au bout d’un parapluie étendard brandi par le guide récitant ses mantras dans son microphone de poche, à destination des oreillettes des fourmis qui le suivent au pas de course. Suivez de près, en cette période de basse saison, les bataillons bruyants et inintéressés d’élèves de collège/lycée venus de l’Europe entière, plus intéressés de savoir si Coralie veut sortir avec Jérémie que par la beauté du lieu, et on les comprend. Enfin, je les comprends. Parce que des choses m’intéressent aujourd’hui de par ma liberté de me déplacer dans le lieu qui ne m’aurait fait ni chaud ni froid, voir révulsé, si on me l’avait imposé via un cours d’italien avec prise de notes et contrôle à la fin. Ce genre de groupe a, au moins, le mérite d’aider à repérer les futurs énarques buvant les paroles du prof :)

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La découverte s'est perdue en route... partie 2/4

Publié par Benjamin Tardif le 07/04/2010 dans analyse

Et il y a, bien sûr, les retraités de tous poils, venus en couple ou en bus entiers de je ne sais quelle campagne, désireux de profiter de leur temps libre chèrement acquis (pensez donc, 40 ans de labeur dans un atelier !) pour rattraper ce même temps perdu au fil des années. En clair, en basse saison, les extrêmes sont de rigueur : ou très jeune ou très vieux, la middle classe d’âge afflue en juillet avec les gamins, déclarant la zone touristique sinistrée pour 2 mois complets.

 

Alors comme ça Benjamin serait allergique aux gens. Et bien pas tout à fait. Même s’il n’est pas agréable de piétiner à Venise au milieu d’une cohue nonchalante, il reste quelques possibilités d’échappatoires. Par la pensée tout d’abord, ce qui à le désavantage de vous voler quelques bénéfices de votre déplacement en ce lieu. Le fait de ma grande taille me permet de surnager au-dessus et d’admirer malgré tout les façades et même l’horizon, la pauvre Sabine devant se contenter parfois du dos des gens quand ce n’est pas leur face éblouie par la boutique Gucci de Venise, aller donc comprendre ce qu’ils font là.

 

L’échappatoire le plus simple que l’on découvre à force d’expérience, c’est que des villes comme Venise qui se transforment en simple parc d’attraction tout en restant habitées par des vrais gens, adoptent forcément une sorte de parcours obligatoire du touriste bien que non matérialisé sur place. A force de guides rédigés année après année dans toutes sortes de langues avec certes toutes sortes de culture mais un sens du « beau » relativement standard d’un pays à l’autres, n’importe quel touriste débarquant sur Venise (restons en à cet exemple typique) se devra de prendre le vaporetto direction l’autre bout de la ville pour admirer la place Saint Marc avant de s’engouffrer dans ces ruelles d’où émerge l’ambiance calme et maritime de la lagune, blablablabla (citation de votre guide).

Donc vous y allez, donc ils y vont et c’est bien normal puisque c’est beau et que finalement être entourés de milliers d’autres gens grouillant c’est ultra cool, on se sens bien dans la masse, on a les même gouts, un peu comme il est conseillé de voir les block buster américains afin d’être capable de parler en terrain commun sans être pris pour l’ovni du coin se délectant de films trop confidentiels pour avoir voix au chapitre lors des mondanités classiques que les gens ne manquent pas de courir (il faut être « in »). Concrètement, si par hasard un guide parle du trajet idéal pour découvrir une ville, il est parfois judicieux, si vous arrivez à une heure assez matinale (ce n’est pas mon cas du à un amour invétéré de la couette chaude du matin), de prendre ce même circuit à l’envers. Si en plus vous êtes totalement décalé au niveau de l’heure du déjeuner de la majorité silencieuse (soit beaucoup plus tôt, soit beaucoup plus tard), vous avez une chance d’éviter le croisement inévitable de votre petit attelage et du groupe tentaculaire et hurleur au milieu inévitable du parcours. 

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La découverte s'est perdue en route... partie 3/4

Publié par Benjamin Tardif le 06/04/2010 dans analyse

Une envie soudaine de fuite à Venise nous fit découvrir une autre échappatoire : passer de l’autre coté ! Comme dans Matrix oui, oui. Enfin bon, si vous regardez une carte de Venise, vous verrez qu’il y a 2 cotés en gros. Celui de la place Saint Marc et en face donc. Et bien oui c’est possible moyennant un écartement raisonnable du flot de touristes suivant le guide d’aller ce perdre dans les ruelles et autre rues non moins magnifiques qu’en face à la différence prêt de se retrouver quasi seul avec le même soleil, les mêmes gondoles, la même eau, la même odeur et les mêmes glaces à 30% moins cher (je vous parle de cela en basse saison/mois de mars, allez pas m’attaquer si en aout c’est différent ;)).

 

L’afflux de touristes pose aussi un autre problème de taille, constaté à Venise (ville auquel je décerne sans peine le titre de plus mauvais accueil restautistique que jamais vu pour le moment), la perte de valeur individuelle du dit touriste. La plupart des gens qui me connaissent savent mon exigence en matière culinaire. Non pas qu’il me faille une présentation super top accompagnée de mets microscopiques, mais plutôt que globalement la qualité doit être au rendez-vous. Autant un plat traditionnel paysan que quelque chose de plus élaboré peut flatter mon palais. Et cela devient de plus en plus dur de s’offrir ce genre de flatterie. Ce n’est aucunement lié à l’épaisseur du porte-monnaie. Mais cela à plus à voir avec l’affût touristique omniprésent où que vous alliez. Cela dit en ciblant l’Italie on n’arrive pas dans le pays le moins touristique du monde, ça c’est sur.

Lorsque votre ville, aller encore Venise, accueille une masse de touristes gigantesque, quel avantage avez-vous, en tant que restaurateur, à vous lever toujours plus tôt, à embaucher toujours plus pour satisfaire le plus grand nombre (synonyme de chiffre d’affaires) alors que l’achat d’un grand congélateur vous permettrait de nourrir à moindre frais et plus rapidement la masse de retraités qui ne demande qu’a être servie le plus rapidement possible pour retourner aux merveilles de la ville d’un pas alerte pour ne pas en louper une miette et ramener à leurs petits enfants les meilleurs photos floues jamais vues ? (avec bobonne dessus attention). Quand en plus on sait que la majorité des gens trouvera un vin bon parce que leur voisin de table aura dit que tel est le cas, et que le gout des palais formatés se tourne de plus en plus vers du surgelé Picard lorsqu’il est à la maison (parisien qui rentre chez toi à 21h après tes heures sup non payées, je pense à toi), comment s’étonner que les hypermarchés du tourisme aient adopté les même normes de gout?

 

Vécu : 1 lasagne à l’aspect vomitif (micro-part) (avec quand même du vrai parmesan dessus, on ne rigole pas) + une pizza authentique gout Picard « comme sorti de la boite » + une bière en canette pour 40€. Dans le même restaurant j’ai entendu des Français trouver ça bon et repasser une deuxième commande J . (Il est vrai que nous aussi on avait encore faim, mais on n’a pas fait de vieux os dans ce restau.)

 

Dire que je me délectais à l’avance de la gastronomie italienne, de goutter les différentes sortes de lasagnes afin de tenter de détrôner ceux de ma moman ou bien encore ceux de Nathalie, quelle déception ! Les meilleures non moins surgelées lasagnes (servies après que j'ai demandé si tous les produits étaient fait maison) l’ont été à Vérone dans un restaurant choisi pour être un peu à l’écart de la place Bra, celle la même abritant l’arène (non, pas celle pour les taureaux, l’autre) de la ville.

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La découverte s'est perdue en route... partie 4/4

Publié par Benjamin Tardif le 05/04/2010 dans analyse

Alors je me mets à la place des restaurateurs. Vous avez une masse de touristes et donc de clients garantie. Que vous leur serviez de la bidoche moyenne ou top classe pour le même prix ils n’y voient que du feu, ne se plaignent pas (parce qu’ils sont dans le trip voyage, c’est trop bien, c’est trop beau, on profite à mort), en redemandent, vous donne même le pourboire, essayent de dire merci en italien (comme c’est mignon), pourquoi vous ne leur serviriez pas la plus basse qualité possible, au prix le plus haut possible tout en mettant des sous de coté pour votre retraite à vous et la revente de votre fonds de commerce avec un taux de profitabilité maximum à quelqu’un de préférence pas du coin qui aura encore moins de scrupules que vous ?

 

Alors j’ai réfléchi. Que ferais-je moi comme restaurateur si j’avais des dons de cuisiniers ? (bah oui pour l’instant je ne sais que manger (et boire) moi)  Un 4 étoiles de la mort à 250€ le couvert où les gens sont sûrs de bien manger ? (et encore je n'ai jamais testé donc le doute est permis, quoique normalement…)  Un restau plein centre avec mini tables, mini chaises, local immense pour en caser le plus possible et micro-ondes en série pour réchauffage express et distributeur de parmesans presque frais ? Alors j’ai encore réfléchi, essayé de trouver une analogie avec du vécu à moi. Une situation qui pourrait ressembler.

 

Et puis j’ai trouvé. J’aime le bon vin et le whisky. En vins comme en whisky il y a des gammes, pour simplifier on s’attardera sur le whisky. Vous avez celui de base qui convient à tout le monde en apéro, compter 15€ la bouteille en supermarché. Ensuite pour les connaisseurs, la gamme trouve de la profondeur, bien sûr en fonction du nom mais surtout en fonction des années de vieillissement concédé, 8, 12, 16 ans, etc.… Mélangé (blend), non mélangé, blabla. (Le cognac c’est un peu le même genre si vous connaissez (sur le coup des années)). Imaginons que j’invite un ami. Comme tout ami, j’ai envie de lui faire plaisir. Cependant je me rappelle que la dernière fois, je lui ai servi un vin de fou pour accompagner la bonne cuisine de ma gentille femme. Ce vin il l’a apprécié comme si j’avais servi le premier prix Leclerc, vous savez celui conditionné comme les briques de lait. En clair pas d’extase, pas de palais égayé, pas de compliment ou de remerciement, bref c’est un très bon ami, on s’entend bien mais il n’a manifestement pas le sens du gout très sensible, on va pas lui en vouloir. Mais mon whisky super bon et super cher, ça serait bien dommage de lui donner à lui, puisque qu’il ne savourera pas et n’aura pas de profit différent qu’avec celui-ci de base.

 

Et bien pour moi les restaurants touristiques c’est la même chose, même s’ils savaient bien faire, ils ne feraient pas, et je les comprends. La faute revient donc au touriste pressé soucieux d’en voir le plus possible (pensez donc, on a fait toute l’Italie en 4 jours/5 nuits !)  Dans un but égoïste d’ingestion d’images plus ou moins floues, bref de consommation. Dans le cadre des lasagnes vomitives, le mot ingestion n’est pas de trop.

 

Pour finir, une confidence : le deuxième jour à Venise, on a mangé au mac’do.

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