Publié par Benjamin Tardif le 05/04/2010 dans analyseAlors je me mets à la place des restaurateurs. Vous avez une masse de touristes et donc de clients garantie. Que vous leur serviez de la bidoche moyenne ou top classe pour le même prix ils n’y voient que du feu, ne se plaignent pas (parce qu’ils sont dans le trip voyage, c’est trop bien, c’est trop beau, on profite à mort), en redemandent, vous donne même le pourboire, essayent de dire merci en italien (comme c’est mignon), pourquoi vous ne leur serviriez pas la plus basse qualité possible, au prix le plus haut possible tout en mettant des sous de coté pour votre retraite à vous et la revente de votre fonds de commerce avec un taux de profitabilité maximum à quelqu’un de préférence pas du coin qui aura encore moins de scrupules que vous ?
Alors j’ai réfléchi. Que ferais-je moi comme restaurateur si j’avais des dons de cuisiniers ? (bah oui pour l’instant je ne sais que manger (et boire) moi) Un 4 étoiles de la mort à 250€ le couvert où les gens sont sûrs de bien manger ? (et encore je n'ai jamais testé donc le doute est permis, quoique normalement…) Un restau plein centre avec mini tables, mini chaises, local immense pour en caser le plus possible et micro-ondes en série pour réchauffage express et distributeur de parmesans presque frais ? Alors j’ai encore réfléchi, essayé de trouver une analogie avec du vécu à moi. Une situation qui pourrait ressembler.
Et puis j’ai trouvé. J’aime le bon vin et le whisky. En vins comme en whisky il y a des gammes, pour simplifier on s’attardera sur le whisky. Vous avez celui de base qui convient à tout le monde en apéro, compter 15€ la bouteille en supermarché. Ensuite pour les connaisseurs, la gamme trouve de la profondeur, bien sûr en fonction du nom mais surtout en fonction des années de vieillissement concédé, 8, 12, 16 ans, etc.… Mélangé (blend), non mélangé, blabla. (Le cognac c’est un peu le même genre si vous connaissez (sur le coup des années)). Imaginons que j’invite un ami. Comme tout ami, j’ai envie de lui faire plaisir. Cependant je me rappelle que la dernière fois, je lui ai servi un vin de fou pour accompagner la bonne cuisine de ma gentille femme. Ce vin il l’a apprécié comme si j’avais servi le premier prix Leclerc, vous savez celui conditionné comme les briques de lait. En clair pas d’extase, pas de palais égayé, pas de compliment ou de remerciement, bref c’est un très bon ami, on s’entend bien mais il n’a manifestement pas le sens du gout très sensible, on va pas lui en vouloir. Mais mon whisky super bon et super cher, ça serait bien dommage de lui donner à lui, puisque qu’il ne savourera pas et n’aura pas de profit différent qu’avec celui-ci de base.
Et bien pour moi les restaurants touristiques c’est la même chose, même s’ils savaient bien faire, ils ne feraient pas, et je les comprends. La faute revient donc au touriste pressé soucieux d’en voir le plus possible (pensez donc, on a fait toute l’Italie en 4 jours/5 nuits !) Dans un but égoïste d’ingestion d’images plus ou moins floues, bref de consommation. Dans le cadre des lasagnes vomitives, le mot ingestion n’est pas de trop.
Pour finir, une confidence : le deuxième jour à Venise, on a mangé au mac’do.